Le diabète en Polynésie française

Dans un contexte de transition nutritionnelle et de bouleversement des modes de vie, le diabète, maladie chronique très répandue dans la population, devient un sujet d’intérêt général. Aussi, les pouvoirs publics sont amenés à considérer le diabète comme une priorité de santé publique en Polynésie française compte tenu des impacts majeurs de cette maladie en termes de gravité et de coût.

Sommaire

    Le diabète sucré, l’expression d’une réalité sanitaire préoccupante

    Près de 2 300 personnes dépendent d’un traitement quotidien par l’insuline (type 1) pour leur survie et 5 300 patients présentent un diabète non insulino-dépendant  (type 2).

    En 2012, le taux de prévalence (fréquence dans la population générale) du diabète traité et reconnu au titre de la longue maladie, en Polynésie française, sur la population protégée par la Caisse de Prévoyance Sociale, est de 2,79% (± 0,2) contre 2,63% en 2011.

    Le nombre de personnes atteintes par cette maladie a été multiplié par 2 sur la dernière décennie.

    Avec 7 409 patients concernés, elle demeure la deuxième maladie de longue durée avec un taux de 18,85%, après le HTA (Hypertension artérielle).

     

    Quelques chiffres clés 2012

    Nombre de patients diabétiques

    • 7 409 patients
    • 94,3% ont 40 ans et plus
    • 50,4% sont des femmes

     

    Poids du diabète dans les dépenses de santé

    • 2ème pathologie en longue maladie
    • près de 2 milliards de Fcfp (hors coût des complications)

     

     

    Le point sur le diabète en 10 questions-clés

    L’évolution différenciée des modes de vie, l’altération de la santé au fur et à mesure que le temps s’écoule et l’hétérogénéité des ressortissants peuvent laisser entendre à une augmentation de la fréquence et de la gravité des pathologies. A cet égard, le diabète se présente comme un exemple très illustratif. Aussi, il apparaît déterminant de prendre connaissance des caractères principaux liés à cette pathologie d’importance.

     

    1. Diabète : de quoi parle-t-on ?

    Le diabète est une maladie chronique causée par un manque ou à une anomalie d'utilisation de l'insuline. L'insuline est une hormone fabriquée par certaines cellules du pancréas (les cellules bêta).

    Cette carence en insuline entraîne une élévation du taux de glucose dans le sang (hyperglycémie).

    Une personne est considérée comme diabétique quand sa glycémie (taux de glucose dans le sang) est supérieure à 1,26g/l à jeun.

     

    Les deux types de diabètes les plus répandus : 

    Diabète de type 1

    Le diabète 1, appelé aussi diabète juvénile ou diabète insulinodépendant (DID), est caractérisé par une destruction des cellules bêta (produisant l’insuline) situé dans le pancréas. Les cellules bêta sont attaquées par des anticorps produits par l’organisme. Lorsque 80% à 90% de ces cellules sont détruites, le diabète apparaît. L’insuline est une hormone permettant à l’organisme d’utiliser le glucose. L’absence d’insuline empêche le glucose de pénétrer dans les cellules pour leur fournir l’énergie nécessaire et reste dans la circulation sanguine. En conséquence, le taux de glycémie devient trop élevé, même sans manger.

    Diabète de type 2

    Appelé "diabète gras" ou de la maturité, le diabète non insulino-dépendant (DNID) est le plus répandu des cas de diabète. Le diabète 2  affecte surtout les personnes ayant un surpoids.

    Le diabète de type 2 ne nécessite pas d’injections d’insuline car ce type de diabète se caractérise par une résistance de l’organisme à l’insuline. Pour maintenir un taux de sucre constant dans l’organisme, des quantités d’insuline de plus en plus importantes sont produites par le pancréas. Ce travail forcé du pancréas le fatigue, ce qui le conduit progressivement à l’épuisement total. Lorsque les quantités d’insuline ne suffisent plus à contrer la résistance de l’organisme, l’hyperglycémie apparaît. On parle alors d'insulino-nécessitance.


     

     

    2. Quel est le nombre de patients diabétiques en Longue Maladie (LM) ?

    Le constat est unanime : depuis 2000, l’augmentation du nombre de cas a doublé :
    - 1995 : 1 247
    - 2012 : 7 409.         

    Le taux de prévalence du diabète traité et reconnu au titre de la longue maladie, en Polynésie française, sur la population protégée par la Caisse de Prévoyance Sociale, est de 2,79% en 2012 contre 1,48% dix ans plus tôt.

     

    3. Quel est le profil des patients diabétiques ?

    Intéressons-nous au profil des 7 409 patients diabétiques enregistrés en 2012 :

    • 50,4% des cas sont des femmes ;
    • 94,3% ont 40 ans et plus dont 50% ont 60 ans et plus.

     

    4. Qu’en est-il des nouveaux cas (incidence) en 2011 ?

    • 700 : c’est le nombre de nouveaux patients en 2012
    • 80% des nouveaux cas sont concernés par le diabète de type 2
    • 49,4% des nouveaux patients sont âgés de 40 à 59 ans contre 39,3% pour ceux âgés de 60 ans et plus.

     

    5. Patients diabétiques hors LM : combien de patients concernés ?

    Une donnée est acquise : les montants remboursés de la classe des médicaments à visée antidiabétique, ne retenant que les consommateurs hors LM, ont augmenté de +6,4% entre 2007 et 2008. Il est utile de rappeler que cette tendance haussière n’est pas récente, loin s’en faut.

    Il ressort de cette approche que le pool de patients potentiels approcherait les 3 400 patients. Bien évidemment, ce chiffre global nécessite une analyse affinée pour évaluer au mieux le besoin des patients en rapport avec une politique de prise en charge précoce adaptée.

     

    6. Pourquoi le diabète progresse-t-il ?

    La progression du diabète est sous l’influence de nombreux facteurs dont deux en particulier :

    • l’accroissement  de l’espérance de vie : le vieillissement s’accompagne d’une diminution de la sécrétion d’insuline et d’une augmentation de la résistance à celle-ci,
    • la majoration des facteurs de risque : la modification des comportements alimentaires et un manque d’exercices physiques réguliers sont propices au surpoids.

     

    7. Quelle est la répartition géographique de la prévalence et de l’incidence du diabète traité ?

    Pour l’année 2011, il ressort que les Australes connaissent le taux de prévalence le plus important, suivi de très près par les Tuamotu. Côté incidence, pas de différence significative. Bien entendu, dans cette répartition géographique de l’incidence, il est utile de souligner qu’il s’agit clairement de patients diabétiques diagnostiqués et que l’importance des patients non déclarés notamment dans les îles de la lointaine périphérie peuvent révéler des situations bien plus contrastées notamment par le biais d’enquêtes épidémiologiques ciblées.

    Au-delà de ces analyses globales, il serait surtout opportun de suivre des cohortes par rapport à la survenue des complications afin de mettre en adéquation les besoins des patients concernés et les réponses thérapeutiques à apporter.

     

    8. Quelle est la prise en charge d’un patient reconnu diabétique en LM?

    Au préalable, le médecin traitant établit un protocole de soins et l’adresse au médecin conseil de la CPS qui fera connaître sa décision au bénéficiaire ou au médecin. Dès lors, le patient choisit son médecin référent qui doit être un généraliste ou sauf cas exceptionnel un spécialiste. Il le suivra tout au long de sa maladie.

    Le médecin référent remet le carnet de soin au patient pour signature et sera complété à chaque consultation.

    Ce dispositif a été mis en place pour un meilleur suivi médical et faciliter l’accès aux soins souvent très onéreux en longue maladie.

    Ainsi, le carnet de soins permet de bénéficier d’une prise en charge en Longue Maladie :

    • à 100% en tiers payant des prescriptions de médicaments, de l'hospitalisation, des soins dentaires, des actes infirmiers, de la kinésithérapie et des analyses biologiques,
    • à 95 % en tiers payant des consultations et visites d’un médecin.

    Pour tous les remboursements sans rapport avec la longue maladie, le taux de prise en charge en tiers payant est de 70%.

     

     

    9. A-t-on une estimation chiffrée du nombre de patients touché par des complications liées au diabète ?

    De prime abord, l’évolution de la maladie diabétique est marquée par la possibilité de complications spécifiques, affectant plus particulièrement certains organes : le rein, l’oeil, le système nerveux périphérique, l’appareil cardio-vasculaire et les pieds.

    • Sur globalement 350 dialysés, une centaine de patients diabétiques dialysés
    • Près de 120 patients diabétiques souffrent de maladie du système nerveux
    • Plus de 300 patients diabétiques concernés par des maladies cardio-vasculaires


    Bon à savoir : la gravité du diabète provient essentiellement des complications à long terme qui sont sources de handicaps, d’incapacités et d’une altération de la qualité de vie.

     

     

    10. Combien coûte la prise en charge des patients diabétiques en Longue Maladie ?

    En prenant en compte exclusivement les patients diabétiques souffrant uniquement de cette maladie, il est possible d’évaluer les coûts des dépenses directes des diabétiques, types 1 et 2 confondus.

    Pour l’année 2012, le coût des dépenses pour cette population est de l’ordre de 2 milliards de Fcfp, auquel il faut rajouter les patients ayant des complications diverses. Ce qui porte le coût bien au-delà de 3 milliards de Fcfp.

    En plus du coût des dépenses de santé, il est également opportun de distinguer le coût subi par le patient et sa famille :

    • au niveau du patient et de sa famille :
      Le coût immatériel non quantifiable ne doit pas être négligé : impact sur la qualité de la vie lié à l’inconfort du traitement, aux restrictions imposées ou subies.
    • au niveau de la communauté :
      aux coûts de la prise en charge de la maladie et des complications, il faut ajouter ceux de la perte de productivité du fait de la diminution de la capacité de travail, des congés maladie, des incapacités, départs à la retraite anticipés et décès prématurés.

     

    Pour conclure :

    Le diabète est une maladie grave et coûteuse, qui touche aussi bien les enfants que les adultes. Aussi, on comprend mieux l’engagement et l'investissement de la CPS sur le terrain de la prévention et dans les actions socio-éducatives et sanitaires menés sur le fenua pour lutter contre le diabète pour les générations actuelles et futures.